Qui sont les plus touchés par l'anxiété ?

Qui sont les plus touchés par l’anxiété ? Une analyse démographique et sociale définitive — 2026

Par James Holloway, Ph.D. — Chercheur principal en tendances sociales et démographie de la santé mentale

L’Épidémie Silencieuse de 2026 : Seul dans la foule

Je me souviens du jour où j’ai compris que je n’étais pas seul. C’était lors d’une conférence internationale à Zürich — une salle bondée de quatre cents chercheurs, de journalistes, de leaders d’opinion. Et moi, je me sentais à des années-lumière de chacun d’entre eux. Mon cœur battait. Mes mains tremblaient discrètement sous la table. Je avais passé des semaines à préparer cette intervention, et pourtant, debout devant le podium, un seul pensée me traversait l’esprit : personne ne devrait être au courant de ce que je ressens.

Ce moment a été celui où le chercheur et le survivant se sont retrouvés face à face.

Aujourd’hui, en 2026, cette sensation n’est plus un secret personnel. Elle est devenue un phénomène de masse — une épidémie silencieuse qui s’étend à travers les générations, les professions, les cultures. Elle n’fait pas de bruit. Elle ne se montre pas. Elle se cache derrière les écrans lumineux, les sourires professionnels, les réseaux sociaux soigneusement construits. Et elle ronge, lentement, le tissu social de notre époque.

La question que posent désormais les chercheurs, les cliniciens et les institutions de santé publique est la suivante : qui sont les plus touchés par l’anxiété aujourd’hui ? Cette question n’est pas rhétorique. Elle est urgente. Car les données nous montrent que l’anxiété sociale — cette peur excessive d’être jugé, observé, évalué par les autres — n’affecte pas les populations de manière uniforme. Elle cibre, avec une précision troublante, certains groupes démographiques plus que d’autres. Et si vous vous reconnaissez dans ce qui suit, sachez que vous n’êtes pas un cas isolé. Vous êtes un symptôme de notre époque.

Pour comprendre pourquoi l’anxiété sociale est en train de devenir ce qu’elle est — une force structurelle, pas seulement un trouble individuel — il faut regarder les données. Et les données parlent haut.

La Génération Z et les Digital Natives : le groupe le plus exposé

Une génération née dans le regard des autres

Si l’on devait choisir un seul groupe qui concentre à ce moment le plus de facteurs de risque pour l’anxiété sociale, c’est sans ambiguïté la Génération Z — ces individus nés entre 1997 et 2012, qui ont entre 14 et 29 ans aujourd’hui. Les chiffres sont sans équivoque : plus de 60 % des Digital Natives rapportent des symptômes significatifs d’anxiété, dont l’anxiété sociale constitue l’une des manifestations les plus prévalentes. Une étude de 2025 menée par Harmony Healthcare IT sur plus de mille jeunes adultes américains a mis en lumière que 46 % d’entre eux avaient déjà reçu un diagnostic formel de trouble mental — l’anxiété étant le premier motif de consultation.

Ce qui rend cette génération particulièrement vulnérable, c’est un paradoxe fondamental : ils sont les plus connectés de l’histoire humaine, et simultanément, ils sont les plus seuls. Une étude de Gallup–Walton Family Foundation a montré que seulement 47 % des membres de la Génération Z se considèrent comme “épanouis”, comparé à 59 % des Millennials et 57 % de la Génération X.

La pratique sociale remplacée par la simulation sociale

Le mécanisme en jeu ici est bien documenté dans la littérature en psychologie sociale. L’interaction en personne — avec ses maladresses, ses silences, ses micro-negotiations sociales — constitue un entraînement naturel pour le système nerveux. Elle habitue le cerveau à gérer l’incertitude sociale, à tolérer le regard des autres sans déclencher une réponse de peur excessive. Or, pour les Digital Natives, cette pratique a été largement remplacée par la communication médiatisée : messages instantanés, réseaux sociaux, visioconférences. Ces outils permettent un contrôle total de l’image — on choisit ce qu’on montre, quand on répond, comment on se présente. Mais cette dénégociation du regard en temps réel n’entraîne pas le système nerveux. Elle le court-circuite.

Le résultat ? Une génération qui sait très bien se présenter en ligne, mais qui n’a jamais véritablement “pratiqué” l’interaction sociale dans sa forme la plus brute, la plus vivante. Et lorsqu’elle se retrouve face à une situation sociale réelle — un entretien, une réunion, un dîner — le niveau d’Évaluation Sociale ressentie est démesuré par rapport à la menace réelle. Les données de Harmony Healthcare IT confirment que 45 % de ces jeunes adultes évitent carrément les événements sociaux, tandis que 78 % admettent un comportement additif envers leur téléphone ou les réseaux sociaux.

Les Cadres et les Hauts Potentiels : l’anxiété qui se cache derrière le succès

Le paradoxe de la performance

L’un des aspects les plus mal compris de l’anxiété sociale est celui qui concerne les professionnels à haut niveau de performance — les cadres, les dirigeants, les experts reconnus dans leur domaine. On tend à supposer que le succès professionnel implique une confiance sociale solide. En réalité, les données suggèrent exactement le contraire.

Une enquête menée par Korn Ferry en 2024 a révélé que 71 % des PDG américains déclaraient souffrir du syndrome des imposteurs — un phénomène étroitement lié à l’Anxiété de Performance. Ce syndrome, d’abord décrit en 1978 par les chercheurs Clance et Imes, se manifeste par une conviction persistante que les succès d’un individu sont dus à la chance ou à une tromperie, et non à ses capacités réelles. Mais ce qui est encore plus révélateur, c’est que cette conviction génère une peur constante : la peur d’être “démasqué.”

La peur d’être trouvé

Cette dynamique crée un cercle vicieux particulièrement toxique. Le cadre à haut potentiel compense son doute interne par un niveau de performance exceptionnelle — il surprepare, surtravaille, multiplie les efforts visibles. Cela renforce la perception externe de compétence. Mais en même temps, cela renforce la conviction interne que cette compétence est artifice. Chaque succès est attribué à l’effort excessif plutôt qu’à la valeur intrinsèque. Et chaque situation sociale nouvelle — une présentation, une négociation, un événement de networking — devient une occasion potentielle d’être “trouvé.”

La recherche de ScienceDirect publiée en 2025 a confirmé que la pression de performance a un effet direct et positif sur l’intensité du phénomène des imposteurs, en particulier sur les dimensions “doute de compétence” et “divergence envers les autres”. Et selon une étude de KPMG, 75 % des femmes cadres avaient déclaré avoir vécu cette expérience à un moment de leur carrière.

L’invisibilité de cette forme d’anxiété la rend d’autant plus dangereuse : elle n’est jamais diagnostiquée, jamais traitée, parce qu’elle ne correspond pas au portrait que l’entourage se fait de l’individu concerné.

Les Étudiants et la Peur du Futur

L’épreuve orale comme miroir de l’anxiété sociale

Il existe un moment particulièrement révélateur dans la vie académique de nombreux étudiants : l’épreuve orale. Que ce soit un concours, une soutenance, un examen de conférence, cet exercice demande à l’étudiant de se placer, littéralement, sous le regard évaluateur des autres. Pour celui qui n’a jamais éprouvé d’anxiété sociale, c’est un défi certes stressant, mais gérable. Pour celui qui en souffre, c’est une épreuve existentielle.

Les données des études récentes sont frappantes sur ce point. Le rapport de Gallup–Lumina Foundation de 2024 a montré que les étudiants de première génération — ceux dont aucun parent n’a suivi d’études supérieures — sont 30 % plus susceptibles de se sentir isolés pendant leur première année universitaire. Cette isolation se répercute directement sur leur capacité à participer aux exercices de prise de parole, à networkier, à se présenter lors de forums professionnels.

Le networking comme sport de combat

Le marché du travail actuel exige un niveau de compétence sociale qu’aucune université ne véritablement enseigne : le networking. Créer des liens professionnels, se présenter à des inconnus, participer à des événements de recrutement — ces situations sont, pour un étudiant atteint d’anxiété sociale, aussi dissuasives que de sauter d’une falaise. Et le paradoxe est que le networking devient de plus en plus central dans l’obtention d’emploi : les économistes avertissent que les nouveaux diplômés font face à l’un des marchés de l’emploi les plus difficiles depuis la pandémie de COVID-19, avec des délais de recrutement allongés et un niveau de sélectivité accru.

L’étudiant anxieux se retrouve donc dans un cercle fermé : le networking est nécessaire pour réussir professionnellement, mais l’anxiété sociale interdit d’y participer, ce qui entraîne un sentiment d’échec, qui renforce l’anxiété. C’est le moteur de l’Atrophie Sociale à l’œuvre dans cette population.

Femmes vs Hommes : Une différence de manifestation

Qui sont les plus touchés par l’anxiété selon le genre ?

La littérature sur le genre et l’anxiété sociale fait émerger un tableau nuancé, mais les tendances sont claires. Sur le plan de la prévalence brute, les femmes sont significativement plus touchées : le taux de vie pour l’anxiété sociale chez les femmes atteint 15,5 %, comparé à 11,1 % chez les hommes. Une étude publiée dans Frontiers in Psychology rappelle que, avec un odds ratio entre 1,5 et 2,2, le trouble d’anxiété sociale est presque deux fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes.

Une différence dans la façon dont on souffre

Mais la prévalence n’est qu’une partie de l’équation. La manière dont l’anxiété sociale se manifeste diffère considérablement selon le genre. Une étude transnationale portant sur plus de 31 000 individus dans 18 pays a identifié trois dimensions sur lesquelles les femmes rapportent des scores significativement plus élevés que les hommes : les interactions avec le sexe opposé, la peur de la critique et de l’humiliation publique, et la prise de parole en public devant des figures d’autorité.

Chez les hommes, le phénomène prend une forme plus cachée encore. Les hommes sont plus susceptibles de chercher un traitement — probablement parce que la souffrance discrète leur est socialement plus “acceptable” que l’aveu d’une vulnérabilité émotionnelle. Une étude de McLean Hospital a observé que face à des retours négatifs, les hommes présentant le syndrome des imposteurs éprouvaient une anxiété plus intense et voyaient leur performance chuter, tandis que les femmes dans la même situation redoublaient d’efforts, parfois au prix d’un épuisement profond.

Ce qui est commun aux deux genres, cependant, est la tendance à minimiser, à dissimuler, à fonctionner “normalement” malgré la souffrance intérieure. C’est pourquoi, pour les deux, l’anxiété sociale reste l’un des troubles les plus sous-diagnostiqués.

Pourquoi l’anxiété augmente-t-elle globalement ?

La perte du communauté et l’Évaluation Sociale numérique

Pour comprendre l’augmentation globale de l’anxiété sociale, il faut regarder au-delà des individus et examiner les structures sociales qui les entourent. Trois facteurs macrosociaux jouent un rôle déterminant.

Le premier est la perte du communauté. Le sociologue Robert Putnam a documenté, dès le début des années 2000, le déclin systématique des structures d’engagement social — clubs, associations, espaces communautaires. En 2024, la situation a considérablement évolué : le gouvernement américain a officiellement qualifié la situation de “épidémie de solitude.” Les données de Cigna confirment que 30 % des adultes américains se sentent seuls au moins une fois par semaine, et que les adultes de 18 à 34 ans — qui sont pourtant les plus connectés numériquement — rapportent les niveaux de solitude les plus élevés.

Le deuxième facteur est la montée de l’Évaluation Sociale sur les réseaux sociaux — ce que les chercheurs appellent l'”Evaluative Threat.” Chaque publication, chaque photo, chaque commentaire public expose l’individu à un regard évaluateur massif et constant. Ce n’est plus l’évaluation de dix personnes autour d’une table. C’est l’évaluation de des centaines, parfois des milliers, des individus. Le système nerveux ne distingue pas entre une évaluation bienveillante et une évaluation hostile : il réagit à la menace perçue. Et cette menace est désormais permanente.

Le troisième facteur est l’Atrophie Sociale post-pandémique. Les années de confinement, de distanciation sociale, de communication entièrement médiatisée, ont eu des effets durables sur les compétences sociales, en particulier pour les jeunes adultes qui se trouvaient dans une phase de développement critique à ce moment. Les personnes aged 15-24 ont vu leur niveau d’interaction sociale diminuer de 70 % sur les deux dernières décennies, selon les données du U.S. Surgeon General’s Advisory. Cette réduction n’est pas anodine : elle corresponds à une perte structurelle de la capacité à naviguer dans les situations sociales avec fluidité.

Conclusion : Vous n’êtes pas seul, vous êtes un symptôme de notre époque

Revenons à la question posée au début de cet article : qui sont les plus touchés par l’anxiété ? La réponse n’est pas un seul groupe. C’est une constellation — la jeune génération qui n’a jamais vraiment pratiqué l’interaction en personne, le cadre qui cache son doute derrière une performance exceptionnelle, l’étudiant paralysé par un marché du travail qui exige du lui ce qu’il ne peut pas encore donner, la femme qui souffre en silence d’une peur socialement banalisée, l’homme qui minimise ce qu’il ressent parce que la vulnérabilité n’est pas censé correspondre à son rôle.

Vous êtes peut-être l’un d’eux. Ou plusieurs à la fois.

Ce que les données nous montrent, c’est que vous n’êtes pas défaillant. Vous êtes réactif. Votre système nerveux répond, avec une précision redoutable, à un environnement social qui a changé plus vite que sa capacité à s’y adapter. L’anxiété sociale n’est pas un flaw personnel. Elle est un signal collectif : le signal que notre société a éloigné les êtres humains de la chose pour laquelle ils sont faits — être ensemble, en présence, dans la désordre et la chaleur d’une interaction vivante.

La transformation commence par un acte simple : se reconnaître soi-même dans ce tableau. Comprendre que ce que vous ressentez a un nom, un mécanisme, une trajectory, et — de façon crucielle — une solution.

Pour évaluer votre propre niveau d’anxiété sociale, vous pouvez consulter le test de Liebowitz, l’un des outils de mesure les plus utilisés en clinique pour évaluer la sévérité des symptômes. Pour comprendre les mécanismes qui sont à l’origine de ce que vous ressentez, lisez notre article sur qu’est-ce que l’anxiété sociale — une explication claire, sans jargon, de ce qui se passe dans votre cerveau et votre corps. Et si vous vous demandez comment cette peur a pu prendre une emprise aussi profonde, l’article sur le développement d’une phobie sociale vous donnera les réponses que vous cherchez.

Vous n’êtes pas seul. Vous êtes un symptôme de notre époque. Et les symptômes peuvent être traités.

Ressources recommandées

Pour aller plus loin dans votre compréhension de l’anxiété sociale et des données qui la sous-tendent, voici des sources de référence fiables :

  • OMS (Organisation Mondiale de la Santé)Mental Health : Anxiety — Données globales sur les troubles anxieux et leur impact sur la santé publique.
  • National Institute of Mental Health (NIMH)Social Anxiety Disorder — Référence clinique exhaustive sur le diagnostic, les traitements fondés sur les preuves et les statistiques de prévalence.
  • American Psychological Association (APA)Stress in America — Rapport annuel sur les niveaux de stress et d’anxiété dans la population américaine, avec une section dédiée à la Génération Z.
  • U.S. Surgeon General’s Advisory on Social Connection (2023)Our Epidemic of Loneliness and Isolation — Document officiel de référence sur l’épidémie de solitude et ses liens avec la santé mentale.
  • Psychology TodayImposter Syndrome — Analyse approfondie du syndrome des imposteurs et de son relation avec l’anxiété sociale chez les hauts potentiels.

Sources académiques principales citées dans cet article : Harmony Healthcare IT (2025), Gallup–Walton Family Foundation (2024), Korn Ferry (2024), UNICEF Youth Mental Health Coalition (2025), Cigna Group – Loneliness in America (2025), U.S. Surgeon General’s Advisory on Social Connection (2023), National Social Anxiety Center (2024), Frontiers in Psychology – Gender Differences in Social Fear (2019), Journal of Child and Adolescent Psychiatric Nursing (2025).

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